Les pâles lueurs de l'aube caressaient le feuillage des arbres centenaires de Hyde Park, leur accordant, pour l'espace d'un instant, la majesté d'une jeunesse retrouvée. Ci et là, un écureuil pointait son nez, tendait une patte timide, semblant tester la pureté de l'air, puis, rassuré, commençait à gambader dans une herbe recouverte d'un mince duvet de givre presque neigeux. Au détour d'une allée cavalière, un reflet bleuté scintillait sous les doux rayons du soleil matinal : la Serpentine déroulait d'interminables méandres d'une eau cristalline qui paraissait, à l'horizon, se perdre et se confondre dans le bleu gris du ciel d'un matin de décembre. Quelques oiseaux, nichés douillettement à proximité, ouvraient un ½il timide, s'ébouriffaient quelques plumes, avant de replonger dans un sommeil serein peuplé de rêves de migration et de lumière, de grandes évadées et de paysages infinis.
Sur un chemin de terre battue, bordée de peupliers, à proximité de l'onde paisible, deux cavaliers se tenaient au botte à botte, et murmurait doucement des paroles qu'eux seuls pouvaient comprendre. Peut-être aurait-ils pu parler plus haut, mais les informations qu'ils échangeaient ne pouvaient se permettre d'être entendues, et de toute façon, aucun des deux ne voulaient briser un silence qui paraissait aussi fragile et pure que le cristal. Même le bruit de sabots des chevaux, deux splendides alezan à la robe lustrée, semblaient être atténué de peur de bouleverser le fragile équilibre qui enrobait Hyde Park au premières heures de l'aube.